zzzz

  

Elle écrit. Des carnets de toutes les couleurs. Des encres de tous les sangs. Elle écrit le soir, ce ne serait pas possible autrement. Après les courses, le bain donné à l'enfant, les leçons à faire réciter. Elle écrit sur la table desservie. Loin dans le soir. Tard dans la langue. Quand l'enfant l'abandonne pour la menue monnaie d'un sommeil, ou d'un jeu. Quand ceux qu'elle nourrit ne savent plus rien d'elle. Quand elle est à elle-même hors d'atteinte : seule devant la page. Misérable devant l'éternel. Beaucoup de femmes écrivent ainsi, dans leurs maisons gelées. Dans leur vie souterraine. Beaucoup qui ne publient pas. Ma vie me fait souffrir. Ma vie me tue le jour, la nuit je tue ma vie. J'attendais d'être reine. Je ne sais plus que mendier. Je voulais vivre le bel amour. Je meurs de sale blessure. Et pourtant je suis là : indemne. Je souffre de ma vie intacte dans ma vie ruinée. Je meurs de trop de chant dans trop peu de feuillage. Elle va dedans sa vie comme une aveugle. Elle va dans l'écriture comme un printemps. De temps en temps elle vous montre un carnet. Chacune des phrases vous touche, comme au fleuret : leur pointe acérée pénètre à merveille dans vos yeux. Ce qui vous touche est un mystère. C'est là et c'est ailleurs. Un jour elle écrit. Un autre jour elle n'écrit plus. Ce deuxième jour dure des années.

Christian Bobin - Une petite robe de fête

 

zzzz

 

inga_hat

 

Commencé il y a perpète, puis oublié et enfin terminé, 
Inga hat de Sheila Macdonald
en Noro kureyon sock S240 et mérinos et cachemire gris