Organdi bidouille et papote

Bidouillages, bouquinages, tricotages, couturages, crochetages, tambouillages, papotages. Bon... Surtout tricotages...

dimanche 10 août 2008

Vivons heureux en attendant la mort

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"Adieu l'âge vert, je suis dans l'âge mûr. Et l'âge mûr, par définition, c'est celui qui précède l'âge pourri.". Pierre Desproges dans un de ses premiers livres, une suite d'essais sur les obsessions qui referont surface tout au long de sa carrière : les coiffeurs, "l'élément le plus inutile d'une nation avec les militaires", les chauffeurs de taxi, le sexe, le suicide, le racisme, les jeunes, mais surtout, omniprésente, la mort, autour de laquelle il tourne en l'effleurant, avec laquelle il s'amuse, qu'il désacralise, qu'il nous rend familière, avec laquelle il nous prouve qu'il est possible de vivre heureux. De sa plume aiguisée comme un rasoir, il lacère le papier de ses idées noires, les enveloppant de tellement d'humour et d'ironie, voire de cynisme, que soudain tout est relatif, et plus rien n'a d'importance que sa verve, et que la vie devient plus belle : un livre d'intérêt public, en somme.

"Je viens de lire Vivons heureux en attendant la mort, de Pierre Desproges. Un écrivain est né. Et je pèse mes mots comme il sait peser les siens." (Pierre Desproges. Journal de Pierre Desproges)

"Sous le nez rouge du clown, il y avait une plume. Cette plume, Desproges me l'a plantée dans le coeur." (Corentin Fion. Les Cahiers de la marge)

"Où ça ?" (Ludwig van Beethoven)

"Je dis : dans le coeur" (Corentin Fion. Les Cahiers de la marge)

Extrait :

Chapitre Beurk

où la haine transpire abondamment et où l'alexandrin fait figure de cul-de-jatte à côté de l'auteur dont le nombre de pieds qu'il a maintenant dans la tombe dépasse les bornes, l'entendement et, bien sûr, la douzaine.

- Mexico, Mexiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
- Ta gueule !

Les chanteurs, les racistes, les nazis, les connasses du MLF, les misogynes, les charcutiers, les végétariens, les boudins, les médecins sont haïssables. Et moi aussi. Si, si, n'insistez pas.

J'en ai marre des chanteurs.

Qu'est-ce que vous avez tous à chanter dans le poste ? Pourquoi ne faites vous pas de la peinture ?

D'accord la peinture à l'huile c'est bien difficile, mais c'est bien plus beau que la chanson à l'eau de rose et que la rengaine à message. Sérieusement, pourquoi ne faites-vous pas de la peinture ? Même si vous n'êtes pas plus doués pour mélanger les couleurs que pour faire bouillir les bons sentiments, au moins, la peinture, ça ne fait pas de bruit. Vous n'imaginez pas, chers chanteurs, le nombre incroyable de gens, en France, qui n'en ont rien à secouer, de la chanson et des chanteurs. Moi qui vous parle, je vous jure que c'est vrai, je connais des gens normalement intelligents et parfaitement au fait de leur époque qui mènent des vies honnêtes et fructueuses sans vraiment savoir si Iglesias et Lavilliers sont des marques de lessive ou des pâtes aux oeufs frais.

Allez, soyez sympa. Faites de la peinture. Ah ! Dieu m'étreigne, si tous les chanteurs du monde voulaient bien se donner le pinceau.

Tenez, c'est simple, je suis prêt à faire un geste. Si vous vouliez nous le shunter une bonne fois pour toutes et vous mettre à la peinture, je m'engage solennellement à mettre à votre disposition l'immense fortune accumulée par ma famille pendant l'Occupation pour financer une radio libre rien que pour vous. Ce serait LA radio que des millions de français comme moi attendent en vain : ça s'appellerait Radio-Palette, elle vous serait exclusivement réservée, à vous tous, chanteurs et chanteuses de France, et vous peindriez et nous vous écouterions peindre. Le nirvana.

Mais rassurez vous, il n'y a pas que les chanteurs que je déteste. Je hais toute l'humanité. J'ai été frappé dès ma naissance de misanthropie galopante. Je fais même de l'automisanthropie : je me fais horreur. Je me hais.

Je vous hais, je hais toute l'humanité.

Plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien.
Plus je connais les femmes, moins j'aime ma chienne.
Je n'aime pas les racistes, mais j'aime encore moins les nègres.
Je voue aux mêmes flammes éternelles les nazis pratiquants et les communistes orthodoxes.
Je mets dans le même panier les connards phallocrates et les connasses du MLF.

Je trouve que les riches puent et je sais que les pauvres sentent, que les charcutiers ont les yeux gras et les végétariens les fesses glauques. Maudite soit la sinistre bigote grenouilleuse de bénitier qui branlote son chapelet en chevrotant sans trêve les bondieuseries incantatoires dérisoires de sa foi égoïste rabougrie. Mais maudit soit aussi l'anticlérical primaire demeuré qui fait croacroa au passage de mère Teresa.

C'est dur à porter, une haine pareille, pour un homme seul. Ca fait mal. Ca vous brûle à l'intérieur. On a envie d'aimer mais on ne peut pas. Tu es là, homme mon frère, mon semblable, mon presque-moi. Tu es là près de moi, je te tends les bras, je cherche la chaleur de ton amitié. Mais au moment même où j'espère que je vais t'aimer, tu me regardes et tu dis :

- Vous avez vu Serge Lama samedi sur la Une, c'était chouette.

Aujourd'hui, ce matin même, j'ai cru rencontrer l'amour vrai, et une fois de plus ma haine viscérale m'a fermé le chemin de la joie.

C'était une femme frêle aux yeux fiévreux. Son front large et rond m'a tout de suite fait pensé à Géraldine Chaplin. Elle avait le teint diaphane, les lèvres pâles et la peau d'une blancheur exquise, comme on en voit plus guère depuis que toutes ces dindes se font cuivrer la gueule à la lampe à souder pour se donner en permanence le genre naïade playboyenne émergent de quelque crique exotique, alors qu'elles ne font que sortir du métro Châtelet pour aller pointer chez Trigano.

Elle non. Elle était évidente et belle comme une rose ouverte au soleil de juin. Dans la tiédeur ouatée de cette brasserie, elle paraissait m'attendre tranquillement, sur la banquette de cuir sombre où sa robe de soie légère faisait une tâche claire et gaie vers laquelle je me sentais aspiré comme la phalène affolée que fascine la flamme vacillante d'une bougie. Sans réfléchir, je me suis assis près d'elle. Pendant que je lui parlais, ses doigts graciles tremblaient à peine pour faire frissonner un peu le mince filet de fumée bleue montant de sa cigarette.

- Ne dites rien. Je ne veux pas vous importuner. Je ne cherche pas d'aventures. Je n'ai pas de pensée trouble ou malsaine. Je ne suis qu'un pauvre homme prisonnier de sa haine, qui cherche un peu d'amour pour réchauffer son coeur glacé à la chaleur d'un autre coeur. Ne me repoussez pas. Allons marcher ensemble un instant dans la ville. Ouvrez moi votre âme l'espace d'un sourire et d'une coupe de champagne. Je ne vous demanderai rien de plus.

Alors cette femme inconnue s'est tournée vers moi, et son regard triste et lointain s'est posé sur moi qui mendiais le secours de son coeur, et elle m'a dit, et je garderai à vie ses paroles gravées dans ma mémoire :

- Je peux pas, je garde le sac de ma copine qui est aux ouaters.

Je vous hais tous. J'en suis malade.

Je suis allé voir un médecin. J'ai pris un taxi. Je hais les taxis. Il n'y a que deux sortes de chauffeurs de taxi : ceux qui puent le tabac, et ceux qui vous empêchent de fumer. Ceux qui vous racontent leur putain de vie, qui parlent, parlent, parlent, les salauds, alors qu'on voudrait la paix. Et ceux qui se taisent, qui se taisent, rien, pas bonjour, alors qu'on est tout seul derrière, au bord de mourir de solitude... Il y a ceux qui sont effroyablement racistes et qui haissent en bloc les femmes, les provinciaux et les émigrés, et il y a ceux qui sont même pas français, qui sont basanés et qui ne savent même pas où est la place de la Concorde.

Alors j'ai dit au docteur :
- Docteur, je n'en peux plus. Je suis malade de haine. ce n'est plus vivable. faites quelque chose.
Il m'a dit : "Dites 33" et il m'a collé des antibiotiques.

Je hais les médecins.

Les médecins sont debout. Les malades sont couchés. Le médecin debout, du haut de sa superbe parade tous les jours dans tous les mouroirs à pauvres de l'Assistance publique, poursuivi par le zèle gluant d'un troupeau de sous-médecins serviles qui lui collent au stéthoscope comme un troupeau de mouche à merde sur une blouse diplômée, et le médecin debout glougloute, et fait la roue au pieds des lits des pauvres qui sont couchés et qui vont mourir, et le médecin leur jette à la gueule, sans les voir, des mots gréco-latins que les pauvres couchés ne comprennent jamais, et les pauvres couchés n'osent pas demander, pour ne pas déranger le médecin debout qui pue la science et qui cache sa propre peur de la mort en distribuant sans sourciller ses sentences définitives et ses antibiotiques approximatifs comme un pape au balcon dispersant la parole et le sirop de Dieu sur le monde à ses pieds.

Mon avis :

Je ne vais pas épiloguer : soit on connaît Desproges et là je n’ai rien à dire, soit on ne connaît pas et à la lecture de l’extrait ci-dessus on a déjà filé chez son libraire (peu probable) ou dans le supermarché bouquinesque le plus proche (plus probable) pour se l’acheter et avoir le droit de le lire aux waters, dans le train, dans les embouteillages ou dans son lit à côté du chien qui dort en ronflant. C’est possible aussi à la sécu en attendant son tour, mais s’attendre à un regard oblique de la dame au guichet…

A avoir dans son sac ou dans sa poche en toutes occasions.

Penser à l’ajouter à la trousse de survie quand on prend la mer (on ne sait jamais, un naufrage est vite arrivé et, si on a de la chance, on ne sera pas récupéré trop vite)

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vendredi 8 août 2008

Autobiographie d'une courgette

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Quatrième de couverture :

"Depuis tout petit, je veux tuer le ciel". Ainsi commence l'histoire racontée par Icare, un petit garçon naïf et inculte, surnommé Courgette, qui, à neuf ans, vit à la campagne avec sa mère. Depuis son accident, la mère de Courgette ne travaille plus à l'usine et boit des bières en regardant la télévision du matin au soir. Elle s'occupe peu de son fils qui n'apprend rien à l'école et joue seul pour la plupart du temps. Les rares dialogues échangés passent par la télévision, source d'inspiration de Courgette qui ne connaît la vie qu'à travers le petit écran. Un jour, Courgette découvre un revolver et tue accidentellement sa mère. Le juge le déclare "incapable mineur" et Courgette est envoyé dans une maison d'accueil. Mais pour Courgette, contrairement aux autres enfants, la maison d'accueil est loin d'être "une prison". L'apprentissage d'une vie passe désormais par les Fontaines et tous les rêves de Courgette deviennent possibles.

Extrait :

La petite fille s’appelle Camille.
Je pense à elle, même quand elle est là.
Quand elle me regarde, je deviens aussi rouge qu’une fraise.
On dirait une fleur sauvage qu’on veut pas cueillir pour pas qu’elle s’abîme entre vos doigts.
Elle dort dans la chambre à Béatrice et à Alice.
A la cuisine, Alice s’assoit sur ses genoux et elle écarte ses cheveux d’une main pour la manger de ses yeux noirs tout en suçant son pouce de l’autre.
Béatrice a même proposé ses crottes de nez à Camille qui a dit « non merci ».
Un « non merci » tellement gentil qu’elle donnait l’impression de dire le contraire.
Au début, Simon a bien essayé de l’impressionner.
Il a dit « t’es en prison pour au moins trois ans » et « t’as intérêt à beurrer mes tartines le matin ».
Et Camille a répondu « je préfère rester cent ans ici plutôt que d’aller une seule seconde de plus chez tata Nicole. Et pour ce qui est de beurrer tes tartines, t’as pas intérêt à me le demander deux fois ou je prends le couteau et je te découpe en morceaux ».

Et depuis c’est Simon qui lui beurre ses tartines.
Ahmed pleurniche parce qu’il arrive jamais à s’asseoir à côte de Camille, et quand Jujube lui montre son sparadrap, Camille dit « eh ben dis donc, comme tu dois avoir mal, mon chou » et Jujube nous regarde comme si on était des monstres.
Même Boris a retiré le sparadrap sur son nez, sauf que lui c’était pour de vrai, et Camille a embrassé la croûte et Boris est devenu aussi rouge que moi.
Antoine a soulevé son tee-shirt pour lui montrer comment les docteurs avaient recousu son ventre après une « appendicite » (encore un mot pour le jeu du dictionnaire) et Rosy a dit « c’est pas bientôt fini ce cirque ! » et on s’est tous assis autour de la table parce qu’on avait super faim.
Camille m’a soufflé dans l’oreille « et toi, ma courgette, tu n’as pas de bobo à me montrer ? » et j’ai montré mon grain de laideur et elle m’a embrassé le nez et elle m’a regardé avec ses yeux très verts et j’ai ouvert la bouche et rien n’est sorti.

Mon avis :

Sans aucun doute un des plus jolis livres qu’il m’ait été donné de lire ces derniers mois. Je me suis totalement laissée embarquer par Icare, alias Courgette, et par tous ses compagnons d’infortune.

Courgette a tué sa mère d’un coup de revolver. En fait, il voulait tuer le ciel pour plus que sa maman boive des bières comme elle le fait depuis l’accident. Et il se retrouve amené aux Fontaines par Raymond, le gentil gendarme, et découvre une autre vie avec les zeducs, Madame Papineau, et bien sur les enfants Ahmed, Jujube, Simon, les frères Chafouin… et Camille.

Courgette a une grande chance : il voit la vie en couleur. Il est positif et positive tout ce qui lui arrive. Et ce qui aurait du être un grand malheur devient pour lui une vraie chance qu’il sait saisir.

L’écriture de ce roman est plus qu’agréable à lire. Totalement racontée par Courgette, cette « autobiographie » recèle des trésors de métaphores comme seuls les enfants savent en faire. C’est doux et plein d’amour, imagé, sensible, drôle…

A lire absolument ! Cela met une bonne claque aux p’tites mauvaises aigreurs

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jeudi 7 août 2008

Rebecca Dautremer - L'amoureux

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Quatrième de couverture :

Ernest n'arrête pas d'embêter Salomé. Il lui tire les cheveux, fait tomber ses lunettes exprès... La maman de Salomé dit que, peut-être, Ernest est amoureux d'elle. Mais ça veut dire quoi, amoureux ? Sur ce sujet, tous les copains de Salomé sont bien renseignés et chacun a son mot à dire : amoureux, c'est...

Mon avis :

Un très joli livre pour enfants, mais pas seulement. On retrouve le charme des illustrations de Rebecca Dautremer, cette ambiance douce et poétique, cette légereté grave déjà présente dans ses ouvrages précédents. A offrir s'il y a une petite fille qui traîne dans vos parages, à s'offrir s'il en reste une au fond de vous...

Pour le plaisir des yeux, quelques illustrations de Rebecca Dautremer :

De L'amoureux :

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De Cyrano :

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De Princesses oubliées ou inconnues... :

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Posté par Organdi à 09:00 - Bouquinages - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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